
Une instruction présidentielle inscrit la lutte contre le paludisme dans le budget de l’État 2027.
Le 12 octobre 2026, le Président de la République du Cameroun a signé la lettre circulaire qui définit les modalités de préparation du budget de l’État pour 2027. Au titre des priorités sociales, le paragraphe 21 demande au gouvernement de :
« …opérationnaliser le Cadre multisectoriel de lutte contre le paludisme validé par le Gouvernement. »
— Paragraphe 21, instructions relatives à la préparation du budget de l’État 2027
Concrètement, chaque ministère qui prépare son budget 2027 dispose désormais d’une instruction présidentielle pour planifier la lutte contre le paludisme. L’éducation, l’agriculture, l’habitat, l’environnement, les finances, le tourisme et les affaires sociales ont tous un rôle à jouer, et pas seulement le ministère de la Santé publique. C’est une avancée majeure dans la lutte du Cameroun contre la maladie, fruit de longues années d’un travail patient pour réunir tous les secteurs autour de la même table.
Pourquoi le paludisme compte toujours pour le budget 2027

Un budget pour 2027 doit répondre à la situation que le Cameroun connaît aujourd’hui. Or, aujourd’hui, le paludisme reste l’une des principales causes de maladie et de décès dans le pays. Le Cameroun fait partie des 11 pays qui portent le fardeau du paludisme le plus lourd au monde, selon l’Organisation mondiale de la santé.
Fin 2025, les formations sanitaires ont rapporté 2 913 279 cas de paludisme confirmés. Cela représente plus d’une consultation sur quatre, sur les 11 092 319 consultations enregistrées cette année-là. La maladie a aussi coûté la vie à 1 274 personnes dans les formations sanitaires, soit 5,1 % de l’ensemble des décès qui y ont été enregistrés. La dernière enquête nationale, en 2022, a montré que 26,1 % des personnes étaient porteuses du parasite du paludisme, contre 24 % en 2018, ce qui rappelle que les acquis ne sont jamais garantis.
2 913 279cas de paludisme confirmés rapportés dans les formations sanitaires en 2025 (26,3 % des consultations) |
1 274décès liés au paludisme enregistrés dans les formations sanitaires en 2025 (5,1 % des décès) |
380 Md FCFAcoût du Plan stratégique national de lutte contre le paludisme 2024–2028, financé à moins de la moitié |
Le paludisme ne remplit pas seulement les lits d’hôpital. Il est responsable de 26 % des absences au travail et peut représenter jusqu’à 40 % des dépenses de santé d’un ménage. Le Plan stratégique national de lutte contre le paludisme 2024–2028 définit ce qu’il faut pour le faire reculer et en évalue le coût à environ 380 milliards de FCFA. Moins de la moitié de ce montant est financée, et 90 % des fonds acquis proviennent des bailleurs.
Voilà pourquoi la circulaire 2027 compte dès maintenant. Le ministère de la Santé publique ne peut pas combler seul cet écart. Une grande partie de ce qui permet de prévenir le paludisme relève d’autres secteurs : ce que les enfants apprennent à l’école, la façon dont les communes gèrent le drainage et les déchets, la manière dont les employeurs protègent leur personnel. Le Cadre précise ce que chaque secteur doit faire. La circulaire leur demande désormais de le budgétiser.
Comment un engagement partagé a été construit

Tout a commencé en avril 2023, avec un premier atelier qui a associé les ministères sectoriels à la réponse au paludisme. Des versions successives ont été examinées à Douala et à Yaoundé, et en mai 2024, le Cameroun a finalisé son premier Cadre multisectoriel national. Deux mois plus tôt, le 6 mars 2024, le Cameroun et dix autres pays à fort fardeau avaient signé la Déclaration de Yaoundé sur le paludisme.
Les parlementaires ont joué un rôle central. La Coalition des Parlementaires pour mettre fin au paludisme en Afrique (COPEMA) Cameroun a porté auprès du gouvernement la demande d’une réponse multisectorielle et plaidé pour davantage de financements nationaux contre le paludisme. Ses délégations ont été reçues par le ministre de la Santé publique, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, et le Président de l’Assemblée nationale.
Le 12 décembre 2024, l’arrêté n° 134/CAB/PM du Premier Ministre a créé un Comité interministériel chargé de coordonner et de suivre les engagements multisectoriels du Cameroun en matière de paludisme. Présidé par le Secrétaire général adjoint des Services du Premier Ministre, il réunit une douzaine de ministres, des parlementaires, des représentants des communes et des régions, la société civile à travers ISA, ainsi que l’Organisation mondiale de la santé en qualité d’observateur.
Les deux années suivantes ont été consacrées à faire fonctionner le dispositif. En 2025, neuf ministères sectoriels ont élaboré des plans d’action chiffrés de lutte contre le paludisme, rejoints par six autres en 2026. Ensemble, ces plans représentent un budget de 562 600 000 FCFA, et les six plus récents attendent d’être intégrés au cadre de dépenses à moyen terme. En février 2026, un guide opérationnel à l’intention des ministères sectoriels, couvrant la période 2026–2028, a été validé, et les points focaux des ministères ont été formés à son utilisation en avril. En août 2026, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, a signé le Cadre. Le 12 octobre, le Chef de l’État l’a inscrit dans les instructions budgétaires pour 2027. Un lancement officiel du Cadre est prévu dans les prochains mois.
Écoles, lieux de travail, hôtels et communes : déjà à l’œuvre
Plusieurs ministères n’ont pas attendu la signature finale.

Affaires sociales. En décembre 2025, le ministre des Affaires sociales a transmis la liste de 244 structures de protection sociale publiques et privées afin qu’elles soient intégrées à la distribution nationale de moustiquaires, et certains orphelinats ont reçu des moustiquaires dès cette année-là. Le 13 avril 2026, le ministre a signé une instruction précisant comment les services du ministère doivent protéger du paludisme les enfants vulnérables, les personnes vivant dans la pauvreté et les personnes en situation de handicap. En juin 2025, puis de nouveau en juin 2026, 180 jeunes membres du Parlement des enfants ont été formés pour porter des messages de prévention dans leurs communautés.
Tourisme. Le 10 juin 2026, le ministre du Tourisme et des Loisirs a signé une lettre circulaire exigeant des hôtels et des établissements de loisirs qu’ils maintiennent leurs locaux propres, éliminent les eaux stagnantes et protègent clients et personnel avec des moustiquaires et des grillages aux fenêtres. Le personnel hôtelier a été formé à Yaoundé et à Douala, et rien qu’en 2025, plus de 200 employés de 94 établissements de la région du Centre y ont participé.
Écoles. Le ministère des Enseignements secondaires a créé une ligne consacrée au paludisme dans son budget à moyen terme, qui couvre la formation du personnel de santé scolaire, des supports de sensibilisation pour les élèves et des activités de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme avec les parents et les enseignants, et met en place des clubs de santé scolaires. Le ministère de l’Éducation de base a ouvert sa propre ligne budgétaire et a intégré le paludisme à la formation des enseignants. Avec le ministère de la Décentralisation et du Développement local, les deux ministères de l’éducation ont développé « Mon école sans palu » et « Ma commune sans palu ».
Communes du Nord et de l’Extrême-Nord. Seize communes se sont engagées dans la réponse au paludisme. Grâce à un suivi rapproché d’ISA, en lien avec les groupes techniques régionaux de lutte contre le paludisme et les secrétaires généraux des communes, dix d’entre elles ont déjà obtenu un arrêté du préfet créant un Comité communal de lutte contre le paludisme. Ces comités rassemblent autorités traditionnelles, comités de développement, entreprises locales, districts de santé et leaders communautaires pour lutter localement contre le paludisme et mobiliser des financements locaux.
Autres secteurs. Le ministère du Travail a organisé des séances de sensibilisation pour son personnel. Le ministère de la Recherche scientifique a inscrit des activités de lutte contre le paludisme au budget de son Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales. En 2026, le ministère de la Communication a lancé la Stop Malaria Newsletter, consacrée à l’approche multisectorielle, dont deux éditions ont déjà paru.
Le rôle de la société civile

La principale contribution de la société civile a été le plaidoyer. ISA a réuni des acteurs qui travaillaient rarement ensemble : le ministère de la Santé publique, le Programme national de lutte contre le paludisme, les Services du Premier Ministre, les ministères sectoriels et les parlementaires. Le travail étroit avec la COPEMA Cameroun a permis aux parlementaires de porter directement le sujet auprès du Premier Ministre et du ministre de la Santé publique. Auprès de chaque ministère, la société civile a expliqué concrètement pourquoi le paludisme était aussi son affaire.
Ce partenariat a demandé du temps. Pendant trois ans, une coordination constante, qui a consisté à ramener les acteurs autour de la table et à leur rappeler ce qui avait été convenu, a permis de transformer un engagement partagé en un cadre signé par le Premier Ministre et inscrit dans les instructions budgétaires du Président.
La suite
La prochaine étape consiste à voir les activités et les fonds de lutte contre le paludisme inscrits dans le budget 2027 de chaque ministère, puis dépensés. ISA assurera ce suivi avec le Comité interministériel, le Programme national de lutte contre le paludisme et la COPEMA Cameroun, depuis le vote de la loi de finances 2027 jusqu’à sa mise en œuvre.