« À cause du paludisme, j’ai eu très peur de perdre mon bébé pendant ma grossesse. »

Laurine, 19 ans, Mbana, district de Doumé, Est Cameroun

À 19 ans, Laurine est devenue mère pour la première fois. Elle vit à Mbana, un petit village reculé dans la région de l’Est du Cameroun. Sa grossesse n’a pas été simple. Comme beaucoup de femmes dans sa communauté, elle a dû affronter le paludisme, une maladie qui reste encore aujourd’hui un véritable danger pour les femmes enceintes.

Une communauté confrontée à l’isolement 

Laurine fait partie du peuple Baka, une communauté autochtone qui vit en harmonie avec la forêt dans l’Est du Cameroun. Les Baka sont connus pour leur grande connaissance des plantes médicinales et leur culture profondément connectée à la nature. Mais derrière cette richesse culturelle se cache une réalité plus dure : l’éloignement des services de santé, la pauvreté, et l’oubli.

Pendant sa grossesse, Laurine est tombée malade à plusieurs reprises. Mais elle n’osait pas aller au centre de santé. Trop loin, trop de jugements. Elle ne parle pas bien français, et redoutait les regards ou les incompréhensions. Elle a préféré rester chez elle, en espérant que ça passe.

« J’ai souvent eu peur pour mon bébé. Mais je ne voulais pas aller à l’hôpital. C’est loin, et je ne parle pas bien. »

Son compagnon, lui, n’était pas informé des risques du paludisme pendant la grossesse. Il ne l’a pas encouragée à consulter ni à se protéger avec une moustiquaire.

Une rencontre qui change tout

C’est finalement grâce à une rencontre que tout a changé. Un agent de santé communautaire (ASC) est venu jusqu’à son village. Elle a pris le temps de parler avec elle, de l’écouter. Elle lui a expliqué les risques que couraient son bébé et elle-même si elle restait sans soins.

Ce déclic a été essentiel. Laurine a trouvé le courage de se rendre au centre de santé, malgré la distance. Elle y a reçu le traitement préventif contre le paludisme pendant la grossesse (TPIg), a pu faire ses consultations prénatales, et a reçu une moustiquaire imprégnée gratuitement.

« C’est l’agent de santé communautaire qui m’a convaincue. Grâce à elle, j’ai pu me soigner et protéger mon bébé. »

Aujourd’hui, Laurine se porte bien. Son bébé aussi. Elle continue de se rendre au centre de santé et encourage d’autres femmes du village à faire de même.

Ces héros discrets qui sauvent des vies

Dans la région de Doumé, comme dans beaucoup d’autres zones reculées du Cameroun, les agents de santé communautaire sont souvent le seul lien entre les populations et le système de santé. Ils vont de village en village, à pied ou en moto quand ils ont la chance d’en avoir une, pour informer, dépister, accompagner.

« Les villages sont très éloignés. Je fais de mon mieux pour tous les couvrir, mais sans moyens de transport, c’est compliqué. J’aimerais pouvoir aider plus de monde. »

— Agent de santé communautaire de Doumé

Ces hommes et femmes jouent un rôle essentiel dans la prévention du paludisme, en particulier auprès des femmes enceintes et des enfants. Ils méritent d’être mieux soutenus.

Agir maintenant

L’histoire de Laurine nous rappelle à quel point l’information, la proximité et l’écoute peuvent changer une vie. Pour que d’autres femmes aient cette chance, il est urgent :

  • – de former et recruter plus d’agents de santé communautaire,
  • – de leur donner les moyens de faire leur travail,
  • – d’intensifier les campagnes de sensibilisation dans les langues locales,
  • – et de renforcer l’accès aux outils de prévention comme les moustiquaires et le vaccin contre le paludisme.

Seule une action collective permettra de faire reculer durablement le paludisme et d’améliorer la vie de milliers de familles comme celle de Laurine.