
La lutte contre le paludisme se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. Depuis des décennies, les thérapies à base d’artémisinine et leurs combinaisons ont permis de sauver des millions de vies à travers l’Afrique. Mais ces avancées sont désormais fragiles : Des signes précoces de résistance, déjà confirmés en Afrique de l’Est, progressent désormais vers l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
Face à cette menace, la campagne #ProtectTheCure a créé, au cours des derniers mois, plusieurs espaces de dialogue réunissant les Programmes Nationaux de Lutte contre le Paludisme (PNLP), des partenaires techniques, des scientifiques et des décideurs politiques. Au-delà des échanges, ce sont surtout les recommandations issues de ces concertations qui structurent aujourd’hui une feuille de route collective pour protéger les traitements dont nous disposons encore.
Anticiper plutôt que réagir

Un message fort s’est dégagé aussi bien à Accra qu’à Dakar : nous ne pouvons plus attendre que la résistance se propage pour agir. Les Programmes Nationaux de Lutte contre le Paludisme (PNLP) d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale, réunis à Dakar en marge de la réunion du Comité des partenaires de soutien pays et régionaux (CRSPC), ont souligné la nécessité d’un suivi anticipé de l’efficacité des traitements et d’un partage systématique des données entre pays.
Cet appel à la vigilance a également été formulé à Accra, où les experts ont insisté sur le renforcement des systèmes de détection précoce des marqueurs de résistance, une condition indispensable pour adapter les politiques thérapeutiques avant qu’il ne soit trop tard.
Une réponse régionale

Un autre apport majeur : la résistance aux antipaludiques ne connaît aucunes frontières. Les recommandations issues des deux rencontres soulignent l’urgence d’une réponse régionale coordonnée. À Dakar, les participants ont plaidé pour le renforcement d’un réseau régional des PNLP capable de garantir une réponse harmonisée face à la menace.
Cette approche fait écho aux conclusions d’Accra, où un besoin accru de coordination entre pays voisins a été mis en avant, compte tenu de la rapidité avec laquelle les signaux d’alerte détectés dans une zone peuvent se propager au-delà des frontières nationales.
Impliquer les communautés et les acteurs de terrain

Les recommandations convergent également sur un point souvent sous-estimé : la lutte contre la résistance se joue au plus près des communautés. À Dakar, comme lors des échanges avec le PNLP du Sénégal, les parties prenantes ont insisté sur l’importance d’intégrer des messages clés sur la résistance aux médicaments dans les supports de formation des agents de santé communautaires, et de lutter contre des pratiques à risque telles que l’automédication et la mauvaise observance des traitements.
C’est dans cette perspective que l’engagement communautaire n’est plus perçu comme un complément, mais comme un pilier central de la prochaine phase de la campagne.
Le plaidoyer, un maillon essentiel
Dans un contexte de réductions des financements dédiés à la lutte contre le paludisme, les recommandations formulées à Dakar appellent à renforcer le plaidoyer au niveau national afin de maintenir la résistance aux antipaludiques au cœur des priorités politiques.
Ce message rejoint les conclusions d’Accra, où les parlementaires, à travers la Coalition des Parlementaires pour mettre fin au paludisme en Afrique (COPEMA), ont été encouragés à jouer un rôle actif dans la pharmacovigilance, la sensibilisation du public et la mobilisation des ressources.
Adapter les outils aux réalités locales
Plusieurs recommandations pratiques sont également ressorties des discussions avec le PNLP du Sénégal, notamment l’amélioration des sous-titres en français du documentaire Protect the Cure et l’extension des sites de surveillance de la résistance.
Ces ajustements rappellent une réalité essentielle : pour que l’information circule efficacement au sein des systèmes de santé, les outils de communication doivent être conçus et adaptés au contexte spécifique de chaque pays.
Quelles sont les prochaines étapes ?

Les recommandations issues des dialogues d’Accra et de Dakar vont bien au-delà de simples comptes rendus de réunions : elles constituent un cadre commun pour la prochaine phase de la campagne #ProtectTheCure. Leur mise en œuvre, portée conjointement par les programmes nationaux, les partenaires techniques, les scientifiques et les organisations de la société civile, sera déterminante pour préserver l’efficacité des traitements antipaludiques dans les années à venir.
Découvrez l’ensemble des recommandations ici :Recommandations-strategiques-pour-renforcer-la-lutte-contre-la-resistance-aux-medicaments-antipaludiques.pdf