La résistance partielle à l’artémisinine n’est plus un simple signal d’alerte à surveiller : elle est désormais une réalité documentée en Afrique et constitue une menace directe pour des décennies de progrès dans la lutte contre le paludisme. Sans action immédiate, l’efficacité des traitements qui sauvent chaque année des millions de vies pourrait être compromise, entraînant une hausse de la mortalité et un risque réel de voir s’effondrer des acquis durement obtenus.

Face à cette urgence, la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), avec la contribution d’Impact Santé Afrique (ISA), a publié une nouvelle note d’orientation à destination des ministres de la Santé et des Programmes Nationaux de Lutte contre le Paludisme (PNLP). Son message central est clair et peut se résumer en une phrase : des mesures immédiates peuvent être mises en œuvre dès maintenant, dans le cadre des politiques nationales existantes et conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), afin d’agir avant que l’échec thérapeutique ne s’installe.

Une action anticipée coûte moins qu’une intervention tardive

Le principe directeur de cette note d’orientation repose à la fois sur des considérations économiques et de santé publique. Les actions proposées sont qualifiées de mesures « sans regret » : des interventions réversibles, relativement peu coûteuses, qui permettent de préserver les investissements déjà effectués dans la lutte contre le paludisme, plutôt que d’avoir à mobiliser ultérieurement des réponses d’urgence bien plus onéreuses.

À l’intention des décideurs, le document est un outil de plaidoyer pour un changement de perspective : les premiers signaux de résistance ne doivent plus être perçus comme un problème technique pouvant être différé, mais comme un risque pour la sécurité sanitaire exigeant une réponse immédiate, au niveau national comme infranational.

Une réponse qui doit être coordonnée

La note met également en lumière un enjeu trop souvent sous-estimé : la résistance aux antipaludiques ne connaît pas de frontières. Une approche fragmentée, pays par pays, ne saurait être efficace. C’est pourquoi les recommandations insistent sur la nécessité de renforcer la coordination entre les pays et les instances régionales, notamment en matière de surveillance, de politiques thérapeutiques et de stratégies d’atténuation. Sans cette coopération, les efforts nationaux risquent d’échouer face à une menace intrinsèquement transnationale.

Du laboratoire au terrain : relier la surveillance à l’action

Un autre élément majeur mis en avant par le document est la nécessité de transformer les données de surveillance en actions concrètes. Trop souvent, les investissements dans la surveillance moléculaire et les études d’efficacité thérapeutique ne débouchent pas sur des décisions opérationnelles. La note soutient que les résultats de la surveillance devraient déclencher automatiquement des réponses prédéfinies, plutôt que d’attendre que la résistance soit avérée avant d’adapter les politiques de traitement.

Les communautés au cœur de la réponse

Les recommandations placent également les patients et les communautés au centre de la riposte. Les agents de santé communautaires, les distributeurs de médicaments, les responsables sanitaires de district et les soignants de première ligne seront les premiers témoins des échecs thérapeutiques si la résistance continue de progresser. Le document appelle donc à renforcer le diagnostic et la prise en charge au niveau communautaire, en particulier dans les zones frontalières et auprès des populations mobiles, comme stratégie clé de limitation de la propagation.

Une feuille de route pour les ministres et les programmes nationaux

Pris dans leur ensemble, ces constats conduisent à une conclusion claire : des décisions précoces et proactives coûtent moins cher, protègent les investissements passés et réduisent à la fois les coûts humains et économiques de l’inaction. S’adressant aux ministères de la Santé et aux  Programmes Nationaux de Lutte contre le Paludisme, cette note d’orientation offre une feuille de route claire pour agir avant qu’il ne soit trop tard.

Télécharger la note d’orientation complète ici :

https://impactsante.org/wp-content/uploads/2026/06/AMDR_GC8-7_Actions_Urgentes-FR.pdf